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Inflatoplane, l'avion gonflable et le drop-stitch

Impossible de parler d'innovations gonflables sans parler de l'Inflatoplane, un des plus beaux projets gonflables et le rêve de tout ingénieur par son challenge et sa complexité.

Dans les années 50, Goodyear a développé un avion monoplace entièrement gonflable, à part les parties motrices bien entendu (photos publiées dans Life Magazine le 27 avril 1959 ; historique détaillé sur avionslegendaires.net) :

L'Inflatoplane de Goodyear en vol, photographié depuis un autre avionUn homme accroupi près de l'Inflatoplane replié, avec son moteur apparent
L'Inflatoplane de Goodyear. Source : Life magazine, 27 avril 1959

Le problème des formes planes

Le principal challenge de ce projet est structurel. La partie arrière du fuselage est une pièce cylindrique, forme relativement simple à réaliser et à étancher. Mais les ailes, les gouvernes, la dérive et l'avant du fuselage avec le poste de pilotage sont des formes planes.

Or il est très compliqué de réaliser des formes planes en gonflable : un cube constitué de six parois souples va ressembler, une fois gonflé, à une sphère avec huit petites « oreilles », et non conserver une forme de cube, comme le montrent les photos ci-dessous :

Volume cubique à parois souples, avec un embout de gonflageLe même volume gonflé : il s’arrondit en sphère
Un volume à parois souples avant (à gauche) et après gonflage (à droite). Source : Self-Assembly Lab, MIT, selfassemblylab.mit.edu

Pour y remédier, on peut réaliser des cloisons internes entre toutes les faces du cube, comme un capitonnage qui empêche la déformation du volume. Le problème : cette méthode demande beaucoup de temps, n'est pas simple à réaliser puisque beaucoup de choses se passent à l'intérieur, et le résultat doit rester étanche. De plus, la tenue mécanique et la planéité sont assez moyennes.

Cube gonflable blanc dont les faces sont retenues par des capitons internes
Un cube gonflable à cloisons internes : les capitons retiennent les faces. Source : cominair.fr

Le drop-stitch

Il existe une matière appelée « drop-stitch » ou « double-wall fabric », aujourd'hui très utilisée pour les stand-up paddles : un tissu double face qui, une fois enduit de PVC ou de TPU, devient étanche et peut être gonflé. Grâce à ce « capitonnage » de millions de fils, on obtient une tenue mécanique et une planéité excellentes. Ci-dessous, une vue en coupe :

Vue en coupe d’un tissu drop-stitch : deux parois enduites reliées par des fils verticaux
Structure d’un tissu drop-stitch : deux parois enduites de PVC reliées par un cœur de fils. Source : paddlegonflable.fr

Ci-dessous, deux petites maquettes « maison » de 30 × 30 cm, la première avec un carré de drop-stitch et la seconde sans :

Gonflage de deux carrés de TPU soudés avec drop-stitch : le carré reste plat
Gonflage de deux carrés de TPU soudés sur leur périmètre, AVEC drop-stitch
Gonflage de deux carrés de TPU soudés sans drop-stitch : le carré s'arrondit
Gonflage de deux carrés de TPU soudés sur leur périmètre, SANS drop-stitch

Ce même volume de 30 × 30 × 6,7 cm gonflé à +30 kPa supporte aisément mon poids, soit une surpression de 8 938 Pa, tout en restant parfaitement stable :

Maquette drop-stitch de 30 cm gonflée supportant le poids d'une personne
Essai de charge sur la maquette drop-stitch

Sans cette matière, les ingénieurs de Goodyear n'auraient jamais pu réaliser un avion gonflable capable d'embarquer un vrai pilote. À l'époque, celle qu'ils ont utilisée était probablement un caoutchouc et non un PVC ou un TPU, assemblé par collage ou vulcanisation.

On la retrouve aujourd'hui dans le grand public avec les stand-up paddles gonflables en PVC. Elle reste moins répandue qu'un tissu enduit « classique » car plus coûteuse, plus complexe à fabriquer et à travailler en assemblage étanche.

Pour en savoir plus sur l'Inflatoplane : avionslegendaires.net

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